S’abstenir d’ôter intentionnellement la vie (Dhamma de la Forêt)

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Par contre, prendre le précepte de s’abstenir d’ôter intentionnellement  la vie d’autres êtres est une réflexion. Ce que vous dites c’est : « Je vais essayer désormais d’être plus attentif, de vivre de façon à ne pas nuire à la vie d’autres êtres. » C’est un engagement que vous prenez, ce n’est pas Dieu qui vous ordonne de ne rien tuer mais quelque chose qui vient de votre propre cœur, de votre sentiment d’intégrité personnelle, de votre compassion et de votre respect pour la vie des autres êtres. Donc, si vous vous abstenez de tuer, ce n’est pas par peur d’un châtiment mais du fait de vos propres réflexions sur la vie, parce que vous avez pris conscience que les autres êtres souhaitent vivre autant que vous.

Quand notre monastère de Chithurst, en Angleterre dans le Sussex, a acheté Hammer Pond (un grand étang sur le domaine du monastère), il y avait un homme dans la région qui enseignait la pêche. Un jour, je suis allé le voir et je l’ai observé tandis qu’il pêchait. J’étais très impressionné par sa compétence. Il était debout au bord du cour d’eau, tandis que je me trouvais sur un petit pont en pierre. Un gros poisson avait mordu à l’hameçon et il se débâtait. Il était absolument terrifié et il essayait désespérément d’échapper à l’hameçon mais le pécheur était très fort. Il lâchait un peu de leste au poisson pendant un moment et puis il le tirait à nouveau jusqu’à ce qu’il s’épuise. Finalement il l’a sorti de l’eau et lui a asséné un grand coup sur la tête.

Plus tard, les représentants d’un club de pêche sont venus plusieurs fois pour essayer de me convaincre de leur donner la permission d’utiliser l’étang. Ils disaient : « Nous ne tuerons pas les poissions. Nous nous contenterons de les attraper et puis nous les relâcherons dans l’eau. » Mais quand on voit la terreur que ressent le poisson hors de l’eau, on réalise soudain que nous aurions la même sensation si nous mordions à un hameçon et que quelqu’un nous tirait hors de l’eau. Nous réfléchissons que nous réagirions à peu prés de la même façon. Bien que, pour un pêcheur, un poisson soit un animal stupide qui n’a pas de sentiments et ne compte pas vraiment, c’est un être qui vit la plus intense terreur. Ce poisson est absolument terrifié pour sa vie. C’est une réaction naturelle que tous les animaux ressentent, y compris l’humain.  

Quand on réfléchit ainsi, on commence à voir que la terreur n’est pas quelque chose de personnel. Le sentiment de terreur du poisson est exactement le même que celui que nous ressentons quand notre vie est menacée. Dés lors, on commence à éprouver du respect pour le monde animal, on comprend que les animaux ont des sentiments et que ce sont des êtres sensibles. Leur terreur est quelque chose que nous avons déjà ressenti dans notre vie et pouvons la reconnaitre dans la vie des animaux quand ils en font l’expérience. Alors quand on réfléchit ainsi, on ne veut pas causer ce type de frayeur à l’esprit de toute autre créature. Nous n’avons aucune intention de le faire.

 

Texte de Ajhan Sumedho (moine de la Forêt, tradition du bouddhisme theravada)

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